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MANIPULATION MENTALE

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Manipulation mentale

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Un article de Wikipedia, l’encyclopédie libre.

Pour les articles homonymes, voir Manipulation.

On parle de manipulation mentale lorsqu’un individu ou qu’un groupe d’individus exerce une tentative de prise de contrôle de l’esprit et du comportement d’une personne ou d’un groupe, en usant de techniques dites de persuasion ou de « suggestion mentale », en cherchant ou non à contourner les capacités critiques et/ou d’auto-critique de la personne, c’est-à-dire sa capacité à juger ou à refuser des informations ou des injonctions.
Certaines formes de manipulations pourraient être altruistes, mais la notion de manipulation mentale est généralement négativement connotée, évoquant les manipulateurs aux comportements égoïstes ou malveillants.
Des formes extrêmes en seraient par exemple le lavage de cerveau, ou des manipulations conduisant au suicide, ou à des comportements collectifs de type totalitaire et génocidaires.

Sommaire

Typologies

La question de l’influence sur autrui n’est pas tranchée. Certains psychologues estiment qu’on peut « influencer avec intégrité » dans les relations familiales ou commerciales [1], c’est-à-dire non aux dépens d’autrui, mais pour améliorer les relations sociales et inter-personnelles (l’éducation, la psychologie de la motivation relèveraient de cette catégorie de manipulation).

D’autres ou les mêmes distinguent la manipulation mentale, terme assez général, de la domination, en ce que cette dernière cherche à obtenir de l’individu ou du groupe qu’il se comporte de lui-même et souvent sans conscience claire de l’origine extérieure de la suggestion, de la façon prévue par les manipulateurs, éventuellement en utilisant la violence, et pour des motifs égoïstes ou malveillants.

Certains gouvernements et régimes totalitaires, des individus, des groupes, des sectes , ont utilisé ou utilisent des méthodes de manipulation mentale ; associant parfois des violences physiques et psychiques, ainsi Aum Shinrikyo faisait porter à ses adeptes des appareils expérimentaux qui leur infligeaient des électrochocs, une technique inspirée de la psychothérapie du XIXe siècle.[réf. nécessaire]

D’une certaine manière, la manipulation est très fréquente dans les sociétés, démocratiques ou non, dans le cadre professionnel, conjugal ou familial, car dès qu’il y a mensonge, omission ou déformation volontaire de la vérité, nous sommes en présence de tentatives de manipulation. On qualifie d’ailleurs parfois de manipulatrices des personnes qui montrent simplement une inhabituelle aptitude à convaincre, sans avoir pour autant des objectifs malveillants ou égoïstes. Certains estiment que la publicité est une forme de manipulation mentale.

Le manipulateur

Le mot manipulateur peut maintenant recouvrir une catégorie de troubles psychiques, susceptibles d’affecter des individus de toutes origines sociales. Le manipulateur peut apparaître comme sympathique ou non, voire comme une victime. Il semble que chacun soit plus ou moins manipulateur au cours de sa vie [2].

Conformément aux définitions retenues ci-dessus, différents types de manipulateurs pourraient être distingués ; ceux qui utilisent les autres, sans remords, dans un but narcissique, de pouvoir, d’escroquerie commerciale, ou par malveillance. Ils peuvent s’appuyer sur le mensonge et/ou la séduction, voire sur la contrainte par la menace ou la force, ou encore en déstabilisant leur victime par la double contrainte. La manipulation psychique peut être un des outils de certaines formes de torture

Il peut s’agir d’un comportement jugé déviant ou pervers, d’un trouble de la personnalité dont les causes remontent à l’enfance ou à l’éducation du manipulateur, par exemple lui-même manipulé par ses parents ou éducateurs, victime de violences dont il ne veut plus être victime. Les psychologues sont très fréquemment confrontés à des comportements manipulateurs dans les systèmes familiaux ou socio-professionnels.

La manipulation mentale pourrait être une forme particulière d’égoïsme. Souvent le manipulateur demande aux autres un comportement socialement acceptable, sans s’y conformer lui-même. Il s’approprie les idées des autres, en essayant inversement de faire porter par autrui ses propres responsabilités, et souvent en entretenant le doute, le soupçon. Mais les arguments d’un manipulateur semblent toujours, à première vue, logiques et moraux.Isabelle Nazare-Aga (psychomotricienne) note que le manipulateur ne tient pas compte d’autrui, tout en prétendant paradoxalement le contraire. Souvent, il estime cyniquement mettre en œuvre une stratégie intelligente. Il peut mal supporter la critique. Certains manipulateurs à qui l’on tente de faire reconnaître un défaut ou une erreur, réussiront habilement à retourner les accusations contre leur accusateur. Les manipulateurs sont réputés aimer être pris au sérieux, et manquer de sens de l’humour. Cependant, comme le dit le livre « Dire adieu aux manipulateurs » ; souvent sous le couvert de la plaisanterie, le manipulateur peut se moquer du manipulé. Drôle sur le moment, la moquerie ainsi faite en n’est pas moins démonstrative et abaissante. Si les rires au sujet d’une personne deviennent constants cela est une habitude aux conséquences néfaste de la part d’un manipulateur. Donc, « l’humour raciste » ou se faisant au détriment de certaines catégories de personnes (les fous, les blondes, les homosexuels, etc.) peuvent être une forme courante de manipulation d’individus et de groupes.

Le manipulateur utilise volontiers des prétextes tel que la norme, le « bon comportement » à avoir dans la société ou dans un groupe, sachant utiliser les points faibles des autres, faisant par exemple qu’elles se sentent ridicules ou coupables ou blessées dans leur pudeur, ce qui les place ou maintient dans une situation mentale favorable à la manipulation. Isabelle Nazare-Aga précise qu’il sait trouver les erreurs, les défauts (réels ou fictifs) pour que sa victime se sente coupable d’avoir agi autrement qu’elle aurait dû le faire selon le manipulateur.

La manipulation mentale s’appuie de manière récurrente sur divers registres :

  • le registre émotionnel ; la peur, l’angoisse, la honte, la pudeur, la timidité, l’espoir, le besoin de reconnaissance et de justice, la confiance, le lien familial, l’amitié, le besoin d’amour, le désir, l’envie, la conscience professionnelle… sont des sentiments qui peuvent tour à tour être exploités par le manipulateur.
  • l’exploitation des biais cognitifs, par des informations fausses, les simplifications ou jargons rhétoriques et les sophismes ou les injonctions paradoxales ;
  • des pression physiques et/ou psychiques, répétées ou continues, individuelles ou dans une dynamique de groupe que le manipulateur cherche à contrôler ;
  • l’entretien de rôles de type bouc émissaires, où un groupe devient “persécuteur” d’une victime que le manipulateur maintient isolée, avec l’appui plus ou moins inconscient ou conscient du groupe ;
  • le registre de la domination, qui joue sur la peur et les principes de « récompense », de « punition », de « maître » et de soumission.

Une mauvaise estime de soi, le sentiment de culpabilité et d’infériorité rendent les individus beaucoup plus vulnérables à la manipulation. ainsi que d’autres facteurs ou contextes tels que :

  • la dépression, qui peut elle-même résulter de la manipulation mentale ;
  • un choc traumatique et les situations de perte de repères (perte des parents, mort d’un ou plusieurs proches, rupture, divorce, perte d’emploi, exil, attentat, viol, prison, situation de guerre, de guerre civile, maladie, accusations graves et injustes, incitations à la violence, etc.) ;
  • un traumatisme refoulé ayant eu lieu durant l’enfance, (théorie Freudienne / Jungienne) ;
  • une schizophrénie ou schizoïdie de l’individu.
  • Certaines substances chimiques, drogues, médicaments ou toxines, incluant l’alcool atténuant la lucidité semblent pouvoir rendre les individus, au moins provisoirement, plus vulnérables à la manipulation mentale
  • L’âge : les enfants et individus jeunes sont réputés plus influençables et donc potentiellement manipulables, mais les personnes âgées (dépendantes notamment), peuvent aussi être sensibles aux arguments basés sur la peur, la dépendance, la mort, etc.

Contrairement à une idée répandue, un bon niveau d’études et une bonne situation sociale ne protègent pas de certaines formes de manipulation. Face à des personnes ayant un bon niveau culturel, certains biais cognitifs semblent facilités par l’utilisation d’un vocabulaire pseudo-scientifique; c’est par exemple un moyen communément utilisé par les charlatans, certaines sectes et de nombreux manipulateurs.

Techniques de manipulation

Le comportement corporel

Le manipulateur, plus que les autres, ne laisserait paraître en société que ce qu’il souhaite, puisque son comportement est un véritable rôle de composition (voir paragraphe ci-dessous).Cette particularité pourrait parfois permettre de se rendre compte du côté artificiel de son comportement : notamment lorsque, dans une situation où chacun est inquiet, il apparaît comme le seul à garder le sourire, semblant exagérément à l’aise.

Comportement relationnel et social

Il est en représentation, à la manière d’un acteur, la plupart du temps. Ceci est destiné probablement à rehausser son image narcissique, puisqu’il est fréquent qu’on le complimente. Mais plus simplement cela permet que ses victimes se sentent le plus fréquemment dans l’impossibilité de se faire aider pour échapper à son influence ; comment révéler ses turpitudes à des amis ou parents qui ne peuvent en croire le premier mot ?

Auprès de ses victimes le comportement est différent

Il peut être imposant, agir en chef. Il pourra être le seul à ne pas prendre des notes dans une réunion. Parfois menteur, souvent dominant, le manipulateur cherche souvent à mettre mal à l’aise son interlocuteur, par exemple en ne le regardant pas pendant une conversation, en faisant autre chose en même temps, en lui demandant des tâches impossibles… Certains parleront en élevant la voix afin de se démarquer des autres, d’autres, surtout s’ils sont craints – parleront très bas pour qu’on se taise pour les écouter et qu’on ne comprenne pas tout ce qu’ils disent, pouvant ensuite reprocher à chacun de ne pas respecter leurs consignes. Le manipulateur change de comportement selon les circonstances et parfois d’un seul coup. Il peut volontiers se placer en victime pour se faire aider (appel à la charité humaine) comme il se placera en dictateur à un autre moment. Pour plaire, il peut paradoxalement se dévouer, faire des compliments et des cadeaux. Souvent il fait passer ses désirs personnels pour quelque chose de bon pour tous ou de plus moralement acceptable.

Pour présenter une demande, il posera une question conduisant à enfermer son interlocuteur dans une situation le mettant en difficulté pour refuser.

Par exemple :

(M) – Est-ce que tu sors ce soir ?
(V) – Non, je suis fatigué, je rentre et je me mets au lit.
(M) – Est-ce que tu peux me prêter ta voiture dans ce cas ? La mienne est chez le garagiste et je dois absolument passer voir ma mère qui est malade. Mais je peux te raccompagner chez toi d’abord, si ça te pose un problème de rentrer en métro…

Une méthode très couramment employée par le manipulateur, consiste à mettre en jeu dans la conversation une tierce personne (qui n’a rien à voir là en général…) afin de placer sa victime en situation de paraître une mauvaise personne en cas de refus.Dans l’exemple ci-dessus, le manipulateur M se pose en Sauveur de sa pauvre mère ; la véritable victime de la manipulation, si elle refuse de prêter sa voiture, se pose alors en Bourreau !

Exemples (non exhaustifs) de techniques manipulatoires

Pavlov

Pavlov en explorant expérimentalement au début du XXe siècle des voies simples de conditionnement animal par la récompense ou la punition ouvre des perspectives de compréhension de certains réflexes comportementaux pouvant être déclenchés par des stimuli. (Il faisait tinter une cloche lorsque qu’il présentait à un chien de la nourriture. En répétant l’expérience le tintement de cloche déclenchait la salivation, même sans présentation de nourriture. Ce comportement – qu’il n’avait pas avant – est le résultat de ce conditionnement). Pavlov a démontré qu’on peut utiliser de nombreux stimuli et programmer de nombreuses réactions organiques réflexes. Ici, la répétition du stimulus est un facteur essentiel.

Méthode PDH

PDH signifie Douleur-Drogue-Hypnose (Pain, Drug and Hypnosis), et évoque une méthode qui aurait été utilisée en Corée du Nord sur les soldats prisonniers de guerre, par des psychiatres et les services secrets.

Projet MKULTRA

Le Projet MKULTRA (ou MK-ULTRA) fut le nom de code d’un projet de la CIA des années 1950 à 1970 visant à manipuler mentalement certaines personnes par l’injection de substances psychotropes. Face à l’échec de la méthode MKULTRA, tous les enregistrements ont été détruits en 1973, par ordre du directeur d’alors de la CIA, Richard Helms.

“MICE”

Ce n’est pas à proprement parler une méthode de manipulation mentale sauf dans son aspect “E”. “MICE” (acronyme signifiant souris en anglais) signifie : Money, Ideology, Compromise et Ego et recense les leviers psychologiques que les services secrets, notamment pendant la Guerre froide auraient utilisés pour obtenir des informations ou de la collaboration d’agents ennemis. “Acheter” ses services, le convaincre, le compromettre (ou le rendre dépendant sexuellement) et enfin par manipulation mentale, généralement en le flattant, selon des protocoles inspirés d’études et d’expérimentations de psychologie.

Messages subliminaux

Article détaillé : Message subliminal.

Dès les années 1950, le développement du cinéma et de la télévision aurait été l’occasion de tester une méthode de manipulation mentale : fondée sur l’insertion dans les images que voit le spectateur d’une image subliminale, c’est-à-dire si brièvement présente que le conscient ne peut la percevoir, la théorie étant fondée sur le fait que l’inconscient en garderait une trace. L’image doit être simple et non équivoque (symbole, couleur, logo). La théorie, établie par James Vicary et Vance Packard, remet en cause la publicité.

Au cours de la campagne de l’élection présidentielle française de 1988, une image de François Mitterrand est apparue au cours du générique du journal d’Antenne 2, la seconde chaîne nationale. Le psychologue social Jean-Léon Beauvois, qui parle de « petit scandale », estime que ces « présentations subliminales [étaient] destinées à produire un effet dit de simple exposition dans les mois précédents l’élection de 1988 »[3].

Manipulation par l’angoisse et la violence

Le principe – réputé affiné dans les années 1930 – présuppose qu’un individu en état de peur a les réactions de fuite et d’évitement les plus primaires, et donc les plus prévisibles. Les fonctions complexes du cerveau n’offrant pas de solution immédiate seraient désactivées, rendant l’individu manipulable face à l’urgence d’échapper à une situation d’extrême angoisse. Le sujet terrorisé – comme l’animal poursuivi par le chasseur – ne pourrait éviter les pièges qu’on lui tend. Ainsi, il fera tout pour échapper à sa peur et fera ce qu’on souhaite de lui. Même s’il sait que cela ne réussira pas ou qu’il mente.La terreur est effectivement utilisée depuis l’antiquité pour assurer le pouvoir des despotes, basée par exemple sur la désignation de boucs-émissaires, la torture, la menace, la « méthode par l’exemple » appuyée par les dénonciations, interrogatoires, enlèvements, disparitions et exécutions aléatoires… mais l’histoire montre que la méthode n’a jamais été longtemps efficace, se retournant généralement après quelques années ou décennies contre les manipulateurs.

Manipulation par la suggestion psychothérapeutique

Une autre forme de manipulation mentale est à l’œuvre dans certaines psychothérapies, notamment celles dites de la mémoire retrouvée. Ces thérapies sont dans la littérature appelées TMR, thérapies de la mémoire refoulée ou retrouvée. Les objectifs sont de retrouver par la thérapie à l’âge adulte, des souvenirs d’abus sexuels « refoulés » (au sens freudien), survenus dans l’enfance. Dans un article publié le 13 décembre 2008 dans les Dossiers de l’Observatoire Zététique, intitulé “Faux souvenirs et manipulation mentale”, l’auteur Brigitte Axelrad [4] analyse comment la manipulation mentale conduit des patient(e)s en psychothérapie, qui avaient gardé de leur enfance le sentiment qu’ils ou elles avaient été heureux, à « retrouver » sous l’influence de leur thérapeute des souvenirs d’abus sexuel jusque là ignorés. L’article se réfère notamment aux expériences de Stanley Milgram (Soumission à l’autorité) et à l’ouvrage de Robert Cialdini (Influence et Manipulation). Il est consultable en ligne.

Méthode chimique

L’utilisation à hautes doses d’antidépresseurs et de sédatifs ou de certaines drogues aurait selon certains pour effet de limiter les capacités cognitives et discriminantes du sujet, suffisamment pour le conditionner. Une littérature romanesque ou de science fiction évoque la possibilité de conditionner l’individu ainsi drogué, sans qu’il garde la trace des informations ou du conditionnement opéré. Divers régimes totalitaires ont néanmoins utilisé des produits chimiques pour mettre leurs victimes en état de peur et de souffrance ou dans le cadre de la torture.

Cibles et victimes

Cibles : La manipulation visant une personne ou un groupe peut prendre des formes discrètes et variées ; manœuvres politiques ou électorales, marketing, management, gestion du personnel ou systèmes mafieux.

Une idée commune est que la recherche du pouvoir par la manipulation aurait suscité la création de types ou catégories de cibles, de caractéristiques de vulnérabilité et de “points sensibles” permettant de manipuler la conscience individuelle ou collective. L’idée de pouvoir classer les caractères et leurs forces et faiblesses, éventuellement en fonction d’origine ethniques, sociales ou de caractéristiques morphologiques et psychiques, voire astrologiques est ancienne. On en trouve trace millénaire dans l’Ayurveda en Asie, et les sciences humaines s’attelèrent un temps à cette tâche avec frénésie, après la Première Guerre mondiale. Les méthodes se sont succédé et souvent contredites, faisant éclore de nombreuses typologies, parfois contradictoires utilisées dans le marketing, voire la gestion du personnel.

L’idée que les individus ont des comportements de caste, d’ethnie ou religieux déterminant la plupart de leurs comportements a longtemps prévalu, justifiant des dérives de type racistes, manipulatoires et/ou ciblant un bouc-émissaire (Cf. par exemple antisémitisme). Plus récemment, ce sont le contrôle de l’information et la connaissance des catégories socio-professionnelles et de leur capacité à consommer qui semblent aussi intéresser les études de marché, la Bourse, le monde de la publicité. Les économistes, les outils statistiques et informatiques sont interrogés. L’omniprésence des techniques publicitaires, dans la rue et dans les médias, peuvent donner l’impression qu’une manipulation des individus plus fine et plus discrète s’exerce dans les démocraties, sans violence physique, alors qu’elle est plus visible dans les régimes totalitaires. Mais toujours selon Isabelle Nazara-Aga, chacun croisera un jour une personne manipulatrice ou se retrouvera dans une situation où une personne tente par différentes stratégies de modifier le comportement d’une autre.

La victime est souvent déjà fragilisée et susceptible de se sentir plus facilement coupable de quelque chose. Une “bonne victime” prend facilement sur elle la responsabilité du comportement du manipulateur et accepte les accusations en venant. Elle est sensible au jugement des autres ou essaye de nuire le moins possible. Quelqu’un peut être manipulateur aux yeux d’une personne et pas d’une autre.

Effets sur la victime : Selon Isabelle Nazare-Aga, ce sont d’inexplicables malaises, tels qu’anxiété, sentiment d’infériorité, culpabilité, qui peuvent générer l’isolement, la peur, l’agressivité, des dépressions nerveuses, rendant la personne encore plus vulnérable à la manipulation. Ces malaises sont souvent si intenses qu’ils engendreront des problèmes liés au stress, tels que maladies nerveuses, troubles digestifs, troubles du sommeil, problèmes cardiaques, etc., voire dans les cas extrêmes pousser la victime au suicide.

Se protéger ou sortir de l’emprise d’un manipulateur

Les psychologues[Qui ?] jugent que la prise de conscience de la situation par la victime, et si possible par son entourage est un préalable souhaitable à une démarche de libération de son emprise.

Voilà précisément une étape très difficile et pénible : le manipulateur a pris soin d’utiliser les composantes psychologiques de sa victime pour mieux exercer sur elle des pressions perverses.C’est pourquoi il est tellement difficile pour la victime de se libérer : elle aura trop souvent l’impression de trahir certaines de ses valeurs auxquelles elle tient le plus.Donnons un exemple : une femme (ici la victime) ayant souffert de certaines difficultés dans son enfance, comme la séparation précoce de ses parents, sa mère ayant (à ses yeux) eu le tort de chasser son mari. Dans la relation familiale, le mari-manipulateur a toujours insisté sur l’aspect « tu parles de me quitter, est-ce que tu te rends compte de la peine que tu fais aux enfants quand tu hurles que tu veux les priver de leur père ? Tu n’es qu’une mère indigne ! » ce qui culpabilise l’épouse-victime et lui rend toute opposition à cette affirmation, douloureuse car culpabilisante à ses propres yeux.

Comprendre les stratégies du manipulateur permettrait de développer des stratégies de contre-manipulation, sans avoir l’air de se défendre émotivement, ce qui place en position vulnérable. Paraître indifférent, ne pas répondre plus aux flatteries qu’aux critiques du manipulateur (autrement que par un simple : « merci » ou bien : « c’est toi qui le dis »), plaisanter et montrer une joie de vivre éloigne généralement les manipulateurs. Lorsque l’on doit se défendre contre les assauts d’un supposé manipulateur dans ses relations, il peut être proposé d’agir envers cette personne et seulement avec cette personne, comme elle le fait avec les autres, ce qui peut désamorcer ses tentatives d’influence.

Si l’on est menacé, il peut être recommandé d’éviter d’entrer en discussion avec un individu manipulateur, ne lui révéler de soi-même que le strict minimum, sans parler de sa vie personnelle et en restant flou quand on change ses habitudes, en ne parlant de ses changements qu’à la dernière minute ou mieux en n’en disant rien. Ne pas réagir avant que le manipulateur ne se soit exprimé clairement ; faire ressortir justement que sa demande est ambiguë, désamorce volontiers une tentative d’influence. Accumuler des éléments de preuve de ses demandes ou réponses, par exemple écrire et dater ce qu’il dit, ou bien demander une confirmation par courriel d’une demande téléphonique, peut permettre de le confondre quand il se contredira lui-même. Cela aide aussi rétrospectivement à analyser ses stratégies et leurs effets nuisibles. La plupart des manipulateurs cherchent à isoler leur victime ; si l’on repère chez une personne qu’elle a régulièrement cette attitude (annuler les repas chez les amis, faire une scène épouvantable en réunion et sembler content de ce que « on ne les verra plus, de toute façon ils ne sont pas intéressants », favoriser les disputes de famille…) il est légitime de s’interroger et de se protéger.

Il est cependant difficile d’échapper à un parent, un conjoint, patron manipulateur ou un manipulateur chevronné. Chercher à s’en faire un ami est inutile et ne serait que lui donner d’autres occasions de manipuler. Il est parfois nécessaire de lui mentir (ou plutôt : ne pas lui donner des moyens plus efficaces encore pour manipuler) pour éviter les conflits inutiles ou dangereux, de ne pas répondre à ses attentes, d’être imprécis. Idéalement la réponse qui devrait lui être donnée est oui ou non pour échapper aux situations ambigües. Si le manipulateur n’est pas un supérieur hiérarchique il peut être préférable de ne lui rendre aucun service. Une aide psychologique s’avère parfois utile ou nécessaire, pour la victime, mais aussi pour le manipulateur s’il a pris conscience du caractère asocial de son comportement. Il est néanmoins vital de noter que si le manipulateur excelle vraiment dans ce domaine, il est très difficile, (ce qui peut paraître impossible pour la victime) de lui échapper, celui-ci s’étant lui-même persuadé que son comportement était le seul moralement et physiquement possible pour lui.

Qui est manipulateur?

Une personnalité manipulatrice se développe généralement lorsqu’un enfant se défend contre des injustices qui perdurent, ce qui chez d’autres aurait pu causer de l’agressivité, de la timidité ou un comportement soumis. Le contexte éducatif semble souvent en cause ; parents ou éducateurs trop sévères, trop protecteurs, eux-mêmes manipulateurs ou au contraire, l’enfant manquera d’attention et de compréhension. Des traumatismes psychiques répétés (divorce des parents, ambiance conflictuelle et graves échecs) seraient également souvent en cause. Jean Monbourquette, dans son livre « Apprivoiser son ombre », affirme pour sa part que « Un enfant, voulant plaire à des éducateurs incohérents, s’adaptera en développant une grande différence entre l’image qu’il projette et l’individu qu’il est réellement. En se protégeant continuellement contre un environnement qui lui semble hostile il développera un comportement manipulateur pour tirer des avantages de son entourage ».

Le livre « Les manipulateurs sont parmi nous » mentionne que tout le monde a la capacité de modifier, à son avantage, le comportement d’un autre. La légère capacité de manipuler ne fait pas nécessairement d’une personne une manipulatrice. De plus, les manipulateurs n’ont que très rarement toutes les caractéristiques des manipulateurs. Le vrai manipulateur est atteint d’un problème de personnalité constant qui modifie en permanence sa façon de penser. Ces personnes veulent obtenir à chaque fois qu’une occasion se présente, le maximum des autres. Anne Ciocca prétend qu’avec les manipulateurs il n’y que deux types de relations possible; celui de dominant ou de dominé.

Controverses

Diverses formes de manipulation mentale ont incontestablement été utilisées et parfois de manière très planifiée au cours de l’Histoire. Son existence et son efficacité ont suscité et suscitent encore des controverses ; certains jugent qu’elle a fait les preuves de son efficacité. D’autres estiment qu’elle n’a jamais eu de résultats durables, et pour certains qu’elle n’est pas une possibilité réelle et que chacun conserve son libre-arbitre. Certaines religions réfutent la possibilité de manipulation mentale d’un individu, mais divers auteurs, à commencer par Marx qui assimilait la religion à un « opium du peuple », estiment que nombre de religions utilisent des techniques de manipulation mentales.

Dans les cas extrêmes, l’aspect pervers et parfois très violent de manipulations peut-il détruire l’humanité des sujets au point de les rendre totalement vulnérables à la manipulation ? Certains estiment que oui, d’autres sur la base de témoignages de victimes qui ont échappé à leurs manipulateurs, estiment que la capacité de résilience de l’être humain permet à la plupart des personnes manipulées de sortir de ce processus, à condition pour certains de pouvoir échapper à l’emprise directe du manipulateur, et non sans séquelles.

La manipulation mentale étant par définition cachée, on peut l’imaginer présente sous de nouvelles formes dans de nombreux contextes, des domaines religieux ou militaire au champ de l’information, du travail ou de la publicité et du marketing, voire en gestion des ressources humaines, avec l’utilisation de la programmation neuro-linguistique qui se veut aidant à recevoir un message, ou à influencer, avec intégrité pour le psychologue dans le cadre d’une thérapie, mais qui pourrait peut-être être cyniquement utilisée par un manipulateur.

L’existence de techniques de « contrôle mental » contredit le principe du libre-arbitre et est pour cette raison réfutée ou minimisée par certains. Personne ne nie en revanche de telles techniques en dehors de l’espèce humaine. Le cas du dressage des éléphants est particulièrement connu : puisque ces animaux ont une durée de vie comparable à la durée de vie humaine, il est impossible de les dresser ou de les apprivoiser en leur faisant croire qu’ils appartiennent à la famille ou à la meute de leur dresseur, par exemple. La technique utilisée en Inde est de capturer l’éléphant puis d’alterner traumatismes et caresses. Un dresseur moleste l’animal, tandis qu’un autre, qui deviendra son cornac, le nourrit, le soigne et le traite avec douceur. L’éléphant reste attaché à son cornac pour sa vie entière[5].

Voir aussi

Général

Techniques

Syndromes

Personnalités

Articles connexes

Divers

Bibliographie

  • Fabrice d’Almeida, La manipulation, Presses universitaires de France, 2005, PRF, « Que Sais-Je ? », 2005 (2e éd.), 125 p. (ISBN 2-13-055202-1)
  • Philippe Breton, La parole manipulée, La Découverte, 2004, 220 p. (ISBN 2707144193)
  • Sébastien Bohler, 150 petites expériences de psychologie des médias. Pour mieux comprendre comment on vous manipule, Dunod, 2008, 234 p. (ISBN 2100512099)
  • Guillaume Xavier Bourin, Contribution à l’étude du délit de manipulation mentale préjudiciable, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2005, 301 p. (ISBN 2731404590)
  • Dominique Chalvin, Du bon usage de la manipulation : les ressorts cachés de la communication d’influence, ESF éditeur, 2006 (4e éd.) (ISBN 2710117657)
  • Robert Cialdini, Influence et manipulation. Comprendre et maîtriser les mécanismes et les techniques de persuasion (trad. Marie-Christine Guyon), First éd., Paris, 2006, 318 p. (ISBN 2-87691-874-9)
  • Nicolas Guéguen, 100 petites expériences en psychologie du consommateur. Pour mieux comprendre comment on vous influence, Dunod, 2005, 268 p. (ISBN 2100489631)
  • Nicolas Jallot, Manipulation de l’opinion : Ce sont les sondages qui le disent, Stock, 2007, 151 p. (ISBN 978-2-234-06028-9)
  • Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Presses universitaires de Grenoble, 1987, 231 p. (ISBN 2706102918)
  • Liliane Lurçat, La manipulation des enfants : nos enfants face à la violence des images, Éditions du Rocher, Monaco, 2002, 209 p. (ISBN 226804355X)
  • Kevin D. Mitnick et William L. Simon, L’art de la supercherie : Les révélations du plus célèbre hacker de la planète, CampusPress, 2003, 377 p. (ISBN 2744015709)
  • Paul Moreira, Les nouvelles censures. Dans les coulisses de la manipulation de l’information, Robert Laffont, 2007, 285 p. (ISBN 2221108639)
  • Jean-Pierre Morin, Sectarus : Le violeur de conscience, Armand Colin, 1982 (ISBN 2903944008)
  • Alex Mucchielli, L’art d’influencer : analyse des techniques de manipulation, Armand Colin, 2005, 174 p. (ISBN 2200269870)
  • Isabelle Nazare-Aga, Les manipulateurs sont parmi nous. Qui sont-ils ? Comment s’en protéger ?, Éditions de l’Homme, 1999, 286 p. (ISBN 276191399X)
  • Geneviève Pagnard, Crimes impunis, ou Néonta : histoire d’un amour manipulé, Prime Fluo Éditions, 2004 (ISBN 2952235805)
  • Philippe Ricalens, La manipulation à la française, Economica, 2003, 202 p. (ISBN 2717845860)
  • Bernard Salengro, Le management par la manipulation mentale, L’Harmattan, Paris, 2006, 237 p. (ISBN 2-296-01538-7)
  • Sylvie Simon, Information ou désinformation ? La manipulation médiatique et politique en matière de santé (préface de Corinne Lepage), Guy Trédaniel Éditeur, 2004, 279 p. (ISBN 2844455581)
  • Anne Ciocca, Dire adieu aux manipulateurs Se libérer du contrôle d’autrui, Québecor, 2008, 143 p. (ISBN 9782764012741)
  • Arnaud Esquerre La manipulation mentale : Sociologie des sectes en France Fayard, 2009.

Liens externes

Notes et références

  1. Voir par exemple : Influencer avec intégrité, la Programmation Neuro-Linguistique dans l’entreprise, par Genie Laborde, InterEditions, Collection Techniques de développement personnel, 1987 (ISBN 9782729601706)
  2. Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Presses universitaires de Grenoble, 1987
  3. Jean-Léon Beauvois, Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social, Presses universitaires de Grenoble, 2005, p. 224.
  4. Brigitte Axelrad, Faux souvenirs et manipulation mentale, Dossiers de l’Observatoire Zététique, 2008.
  5. Boris Cyrulnik, La Fabuleuse Aventure des hommes et des animaux, Hachette, 2003 (ISBN 2012791484)
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Written by rudy2

December 13, 2010 at 01:59

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