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CENSURE/CENSORSHIP: mondialisation de la censure / Globalization of censorship (FRANCAIS, ENGLISH)

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http://www.slate.fr/story/10769/la-mondialisation-de-la-censure
 
La mondialisation de la censure
La peur et l’appât du gain ont eu raison de l’engagement des entreprises pour la liberté d’expression.

mercredi 30 septembre 2009

Exemple 1

Lorsqu’il paraîtra dans quelques mois, feuilletez le livre publié
par Yale University Press, Les Dessins qui ont fait trembler le
monde. Il s’agit d’une étude très documentée de la controverse qui
a suivi la publication en 2005 par un journal danois de 12
caricatures représentant le prophète Mahomet. L’auteure du livre,
Jytte Klausen, montre, entre autres choses, que cette polémique a
été manipulée par certains imams danois, qui ont montré à leurs
ouailles d’autres dessins, à caractère pornographique, en plus des
caricatures, afin d’enflammer l’opinion. Klausen s’est adressée à
plusieurs universitaires musulmans, qui ont confirmé sa version des
faits. Cependant, vous ne trouverez pas les caricatures en question
dans ce livre.

Exemple 2

Achetez l’édition américaine du GQ de septembre. Enfoui loin de la
couverture, vous y trouverez un article intitulé Les terribles
secrets de l’ascension de Vladimir Poutine, écrit par Scott
Anderson. Basé sur une enquête approfondie, l’article explique
comment les services secrets russes ont participé à l’organisation
d’attentats à Moscou au cours de l’année 2000, attentats qui ont
ensuite été imputés aux terroristes Tchétchène. Découpez cet
article et mettez-le en lieu sûr, car vous ne le trouverez nulle
part ailleurs, et surtout pas dans l’édition russe de GQ. A l’heure
où j’écris ces lignes, vous ne le trouverez même pas sur le site
Internet de GQ. Condé Nast, la société à qui appartient ce
magazine, a demandé aux rédactions de ses publications dans le
monde entier de ne pas mentionner cet article et de ne pas
participer à sa diffusion.

Exemple 3

Si vous savez écrire le chinois, tapez le mot «Tian’anmen» dans
Google.cn. Je ne comprends pas cette langue, mais je sais de source
sûre que votre recherche ne produira pas d’information utile à
propos de ces évènements dramatiques. Vous ne trouverez rien non
plus sur le Tibet, Taiwan ou la démocratie. Et cela n’est pas dû au
hasard. En 2006, Google a accepté d’exercer une certaine censure en
Chine, en échange du droit à être accessible dans ce pays.

Les entreprises américaines sujettes à la censure internationale

Ces trois incidents sont très différents. Les éditions de Yale ont
refusé de publier les caricatures car l’université dit craindre des
violences sur son campus. Condé Nast refuse de faire connaître un
article sur Vladimir Poutine par crainte de perdre des annonceurs
russes. Google refuse de laisser les utilisateurs se renseigner sur
Tian’anmen ou d’autres sujets tabous parce que cette société veut
conquérir le vaste marché chinois des moteurs de recherche. De
même, les trois entreprises ont exprimé des degrés divers de
contrition. Condé Nast n’a aucune remords, Yale semble en avoir
beaucoup et Google est ambivalent (le fondateur, Sergey Brin a
d’abord expliqué que Google allait tout de même rendre davantage
d’informations accessibles aux Chinois.)

Néanmoins, ces trois exemples permettent d’arriver à une
conclusion. De manières différentes, le gouvernement russe, le
gouvernement chinois et des terroristes islamistes anonymes peuvent
contrôler les décisions prises par des entreprises américaines.
Relisez cette dernière phrase. Il y a dix ans, elle était
impensable. En d’autres termes, dans un monde devenu plus
dangereux, et où les profits fondent comme neige au soleil, la peur
et l’appât du gain font vite oublier la liberté d’expression.

Mais en cédant à la pression, ces trois entreprises n’ont fait
avancer aucune cause, même pas la leur. Malgré l’obéissance de
Google, le gouvernement chinois continue d’harceler cette société,
cette fois en l’accusant de faciliter la dissémination de la
pornographie. Et cette reculade initiale a probablement encouragé
le régime à essayer d’obliger les fabricants d’ordinateurs à
installer des filtres sur toutes leurs machines vendues en Chine.
Dans le même sens, les atermoiements de Condé Nast ne peuvent
qu’encourager les entreprises russes, qui, pour beaucoup,
appartiennent à l’Etat, à exercer des pressions sur leurs
partenaires occidentaux, ce qui rendra encore plus difficile la
publication d’articles critiques à l’égard du gouvernement, non
seulement en Russie, mais aussi partout ailleurs ! De même, si
Yale, un des éditeurs américains les plus audacieux, refuse de
publier les caricatures danoises, cela ne pourra que dissuader
d’autres maisons d’édition de le faire. (Déclaration de conflit
d’intérêt : je travaille sur une anthologie publiée par Yale
University Press et j’admire depuis longtemps leur détermination à
rendre publiques les archives soviétiques.)

Finalement, à chaque fois qu’une entreprise américaine cède à des
pressions anti-démocratiques, la liberté d’expression s’en trouve
réduite d’autant dans le monde entier. Et chaque altération de la
vérité, chaque renoncement consentis à des groupes ou des
gouvernements autoritaires rend ces derniers plus forts. Ce qui
paraît n’être qu’une petite capitulation aujourd’hui peut avoir des
conséquences graves dans l’avenir et la couardise de certains
limite la liberté de tous les autres.

Il n’existe pas de lois pouvant obliger les entreprises américaines
à respecter la liberté d’expression hors de nos frontières. Mais on
peut les montrer du doigt pour que leurs clients sachent à qui ils
ont affaire. C’est l’objectif de cet article.

Anne Applebaum

Traduit par Sylvestre Meininger
___________________________________
 
http://www.slate.com/id/2228263/ 
 
The Globalization of Censorship
These days, greed and fear often trump companies’ commitment to free speech.
By Anne Applebaum
Monday, Sept. 14, 2009, at 8:00 PM ET
 
Item 1:
 
When it appears in the coming months, look carefully
through Yale University Press’ new book The Cartoons That Shook the
World. It is a scholarly account of the controversy that surrounded
a Danish newspaper’s 2005 publication of 12 cartoons depicting the
Prophet Mohammed. The author, Jytte Klausen, argues, among other
things, that the controversy was manipulated by Danish imams who
showed their followers false, sexually offensive depictions of
Mohammed alongside the real ones, which were not inherently
offensive. She consulted with several Muslim scholars, who agreed.
Nevertheless, you will not find the cartoons themselves printed in
the finished book.
 
Item 2:
 
Pick up a copy of the U.S. edition of September’s GQ.
Buried deep inside, you will find an article titled “Vladimir
Putin’s Dark Rise to Power,” by Scott Anderson. The article, based
on extensive reporting, argues that Russian security services
helped create a series of bomb explosions in Moscow in
2000—explosions that were blamed on Chechen terrorists at the time.
Read it carefully, for you will not find this article in GQ’s
Russian edition. As of this writing, you will not find this article
on GQ’s Web site, either: Condé Nast, the media company that owns
GQ, has ordered all its magazines and affiliates around the world
to refrain from mentioning or promoting this article in any way.
 
Item 3:
 
If your knowledge of written Chinese characters is up to
it, type the word Tiananmen into Google.cn. I am reliably informed
(not knowing Chinese myself) that your search will retrieve little
or no useful information on this subject, nor will it tell you much
about Taiwan or Tibet or democracy. This is not an accident: In
2006, Google agreed to a modicum of censorship in China, in
exchange for being allowed to operate there at all.
These three incidents are not identical. Yale’s press refused to
print the cartoons because the university fears retaliatory
violence on its campus. Condé Nast refused to promote an article on
the Russian secret service because it fears loss of Russian
advertisers. Google refuses to let its Chinese users search for
Tiananmen and other taboo subjects because Google wants to compete
against Chinese search engines for a share of the huge Chinese
market. All three companies exhibit greatly varying degrees of
remorse, from Condé Nast (none) to Yale’s press (a lot) to Google
(ambivalent: Google founder Sergey Brin initially argued that the
company would at least bring more information to China, if not
complete information).
Nevertheless, the three stories lead to one conclusion: In
different ways, the Russian government, the Chinese government, and
unnamed Islamic terrorists are now capable of placing de facto
controls on American companies—something that would have been
unthinkable a decade ago. In a world that seems more dangerous and
less profitable than it did in the past, greed or fear proved
stronger than these companies’ commitment to free speech.
———————————-
Related in Slate
Shortly after Yale University Press announced it would not publish
the Danish cartoons in The Cartoons That Shook the World,
Christopher Hitchens criticized the university’s decision. Grady
Hendrix discussed this summer’s Chinese blockbuster movies, and in
2002 Dahlia Lithwick looked at wartime censorship following Sept.
11.By caving in to pressure, they have not made the world a safer
place, however, either for themselves or for anyone else. Google’s
submission to Chinese censorship in 2006 has not prevented the
Chinese government from continuing to harass the company, allegedly
for distributing pornography. On the contrary, it may have
encouraged China to attempt, quite recently, to force companies to
place filters on all computers sold in the country. By the same
token, Condé Nast’s climb-down will only encourage Russian
companies—many of which are de facto state-owned—to exert pressure
on their Western partners, making it harder for others to publish
controversial material about Russia in the future. The fact that
Yale’s press, one of the most innovative in the country, will not
publish the Danish cartoons only makes it harder for others to
publish them. (Declaration of interest: I am editing an anthology
for YUP and have long admired its commitment to opening Soviet
archives.)
In fact, each time an American company caves in to illiberal
pressure, the atmosphere is worse for everyone else. Each
alteration made in the name of placating an illiberal group or
government makes that group or government stronger. What seems a
small lapse of integrity now might well loom larger in the future.
All these companies are making it much harder for everyone else to
continue speaking and publishing freely around the world.
There is no law or edict that can force these companies, or any
American companies, to abide by the principles of free speech
abroad. But at least it is possible to embarrass them at home.
Hence this column.
 
You might also like:
Hypocrisy, Hoaxes, and Human Smuggling: The week’s most interesting
Slate stories. (from Slate)
Yale Surrenders: Why did Yale University Press remove images of
Mohammed from a book about the Danish cartoons? (from Slate)
Profiles in Cowardice (from The XX Factor)
The Jamming It Through Congress Gabfest : Listen to Slate’s review
of the week in politics. (from Slate)
 
Anne Applebaum is a Washington Post and Slate columnist. Her most
recent book is Gulag: A History.

Written by rudy2

September 30, 2009 at 07:56

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